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Interview de Mr Mondal, fondateur de VSSU

Léa / Inde / 30 septembre 2009

VSSU ne serait pas l’organisation qu’elle est sans son fondateur et actuel dirigeant Mr Kapil Mondal. Cela fait maintenant deux mois que je suis ici et il était temps de lui consacrer un article.

J’ai pris l’occasion de quelques entrevues/ interviews avec lui pour retracer son parcours et discuter de sa vision de la microfinance.

Mr Mondal à son bureau, prêt à répondre à mes nombreuses questions

Mr Mondal à son bureau, prêt à répondre à mes nombreuses questions

Kapilananda Mondal est né en 1959 à Ullon, village où se situe VSSU aujourd’hui. Il est l’aîné d’une grande famille composée de quatre fils et deux filles. Il passe son enfance et étudie à Ullon puis au lycée de Gabberia (village avoisinant). Il finit l’école en 1976 et exerce divers métiers : en tant qu’employé du gouvernement à la « Oil and Gas Commission » et chez « Kolkata telephones » puis dans le secteur privé, notamment dans une imprimerie. Dans cette dernière entreprise, Mr Mondal fait ses preuves et gravit très vite les échelons : il arrive en 1978, obtient une première promotion en 1979 et deux ans plus tard, à la suite d’un plan stratégique qu’il soumet de sa propre initiative au directeur de l’entreprise pour en améliorer le fonctionnement et les résultats financiers, il reçoit une double promotion et devient Chef Départemental avec 22 personnes sous sa direction. Il réalise le challenge de se retrouver à la tête d’un groupe d’employés beaucoup plus « qualifiés » que lui en termes académiques.

Mais c’est en 1983 qu’un évènement va changer sa vie. Alors qu’il revient d’une longue journée de travail, il apprend qu’un villageois est mort à la suite d’une maladie dont il n’a pas pu être soigné par manque de moyens. Afin d’aider sa famille à lui offrir une cérémonie décente, Mr Mondal collecte, avec quelques amis, de l’argent auprès de la communauté. Ayant réussi à se procurer les fonds nécessaires, Mr Mondal réalise que s’il avait pu les réunir pour payer les soins de ce pauvre villageois il aurait certainement échappé à son triste sort. C’est à ce moment là qu’il décide de fonder VSSU avec une demi-douzaine membres de la communauté locale. Mr Mondal me fait alors remarquer que cette année 1983 a été particulièrement heureuse pour lui puisqu’il s’est également marié.

L’organisation a commencé doucement. Une hutte (qui est encore aujourd’hui l’emblème de VSSU) fut installée en guise de locaux et un premier programme de plantation d’arbres débuta. Après quelque temps une école maternelle fut créée. Pendant toute cette période Mr Mondal travaillait en tant que bénévole pour VSSU et restait employé de l’imprimerie dont nous avons parlé plus haut. Il décida de s’y consacrer à plein temps quand il démissionna de son poste en 1990 alors qu’on lui imposait une mutation qu’il n’avait pas voulu accepter (trop loin de son village natal il n’aurait pas pu continuer à œuvrer pour le développement de VSSU).

Quand je lui demande comment il a réalisé que le but de sa vie allait être d’aider les autres, Mr Mondal me répond que quand il était étudiant il voulait être docteur mais que son rêve a été contrarié, me dit-il, par le fait qu’il n’était pas assez brillant pour des études de médecine. S’il ne pouvait soigner les gens il voulait pouvoir les aider autrement. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé finalement à la tête d’une institution de microfinance très préoccupée par les problématiques sociales.

Je décide de parler un peu plus précisément de VSSU et cherche à connaître son opinion sur l’organisation. Il me répond que c’est une question très difficile. Il m’expose deux points principaux : d’un côté VSSU lui a donné la chance de faire quelque chose pour les autres ce qui lui a apporté la satisfaction qu’il recherchait, et d’un autre côté, quand on regarde directement du côté des « bénéficiaires », VSSU a permis à certains clients d’améliorer radicalement leurs conditions de vie. Des deux côtés on se retrouve gagnant.

Nous parlons ensuite plus précisément de ce que VSSU a accompli : 140km d’arbres plantés le long des routes (certaines portions ayant été construites par l’organisation également) qui apportent notamment un peu d’ombre aux conducteurs de rickshaw, 1100 latrines installées dans les villages avoisinants, un programme d’aide alimentaire aux plus démunis, l’installation de puits pour approvisionner les villages en eau potable, et, bien sûr, des milliers de prêts à des micro entrepreneurs. Cette liste n’est pas exhaustive et je vous invite à lire le rapport annuel et les informations plus complètes fournies par le site internet de VSSU.

Les enfants du Home For Children, un des programmes sociaux de VSSU

Les enfants du Home For Children, un des programmes sociaux de VSSU

La discussion se poursuit avec une réflexion plus large sur la microfinance. Il appuie alors sur un élément très important : le microcrédit est certes indispensable pour réduire la pauvreté parce qu’il fournit aux micro-entrepreneurs les ressources nécessaires pour développer leurs activités mais les produits de micro-épargne apportent des avantages extrêmement importants qu’on a tendance à négliger. Selon Mr Mondal, travailler en combinant les deux est fondamental pour aider les personnes pauvres à améliorer leurs conditions de vie.

« Saving is good for self confidence » me dit-il. L’épargnant sait qu’il a de l’argent en sécurité, que celui-ci est bien placé, qu’il lui rapporte, il peut plus facilement demander un crédit et obtenir des taux d’intérêts plus intéressant (parce que l’épargnant démontre sa capacité à gérer son argent, à être régulier dans ses dépôts, et tout simplement qu’il a du capital « de côté »). Quand on commence à épargner on prend la bonne habitude de mettre de l’argent de côté, le capital augmente et on arrive plus facilement à se projeter dans le long terme (« si j’arrive à épargner tant d’argent, dans 5 ans je serai capable de faire telle chose »). Mr Mondal en vient à conclure que « savings can give you more power, honor and strenght than credit » (l’épargne vous donne plus de pouvoir, d’honneur et de force que le crédit).

Les services financiers de VSSU: épargne et crédit (ici un “community organizer” qui collecte l’argent d’un client)

Les services financiers de VSSU: épargne et crédit (ici un "community organizer" qui collecte l'argent d'un client)

Du côté des IMFs, le rôle de l’épargne est aussi très important. Elle constitue une source de fonds beaucoup moins coûteuse que des prêts contractés auprès de banques ou d’organismes nationaux et internationaux (les taux d’intérêt de l’épargne collectée sont généralement moins élevés que ceux des institutions bancaires).

A ce propos Mr Mondal se rappelle d’une conférence à laquelle il avait participé et où il avait présenté son modèle de microfinance basé sur la collecte de l’épargne qui avait rencontré un franc succès. A l’issue de sa présentation certains lui ont rappelé que celle-ci était illégale selon la législation Indienne, il a alors répliqué qu’au temps des Anglais beaucoup de choses avaient été interdits aux Indiens et que certains s’étaient révoltés contre le système. Une fois l’Inde indépendante ceux-là avaient été considérés avec honneur pour les décisions qu’ils avaient prises dans le passé, à l’époque où, justement, elles étaient considérées illégales. Pour lui il s’agit d’un autre combat mais du même esprit : il sait que c’est le système qui pose actuellement problème non pas la collecte de l’épargne dont il a déjà prouvé l’efficacité. Beaucoup de spécialistes de la microfinance le rejoignent sur cette réflexion. L’indulgence du gouvernement sur ces questions est aussi un signe que la collecte de l’épargne est davantage tolérée que prohibée.

Mr Mondal a une force de travail qui m’a toujours impressionnée, il ne compte pas ses heures quand il s’agit de travailler pour VSSU

Mr Mondal a une force de travail qui m'a toujours impressionnée, il ne compte pas ses heures quand il s'agit de travailler pour VSSU

Nous passons ensuite de la microfinance au sujet de la pauvreté en générale Mr Mondal m’explique alors : « poverty’s enemy is poverty » (l’ennemi de la pauvreté c’est la pauvreté). Il est extrêmement difficile de passer de la « poor team » à la « richmen team » parce que les personnes pauvres vivent dans un environnement de pauvreté qui les tire vers le bas. Passer la « middle line » entre le monde des « pauvres » et le monde des « riches » est extrêmement difficile et peu y arrive. La microfinance peut certainement en aider quelques uns à franchir le cap mais il est aussi indispensable que l’environnement (éducation, accès aux services de santé, etc) soit propice à cette évolution si on veut voir plus de personnes passer « de l’autre côté ». A ce sujet Mr Mondal a beaucoup d’exemples à donner de clients qui ont réussi à sortir définitivement de la pauvreté par le biais de la microfinance. Parallèlement, les initiatives sociales de VSSU sont autant d’illustrations de cette volonté de créer un environnement favorable au développement de la communauté.

Au fur et à mesure que nous parlons de ce sujet difficile, nous en venons à discuter de ces “sources d’inspiration”. D’abord, suivant le modèle de Mahatma Gandhi qui pensait que le travail et les actions étaient plus importants que les mots, Mr Mondal préfère “faire” que “dire”, “accomplir” plutôt que “discuter” inutilement. Ensuite, pour résumer sa pensée il utilise également cette expression « Act local Think global » parce qu’il considère qu’il est indispensable d’agir à son niveau pour aider la communauté à changer et à évoluer. Enfin, Mr Mondal trouve aussi une source d’inspiration en la personne de Vivekananda (célèbre moine bengali dont l’organisation tire son nom) qui exhorte quiconque à vivre dans la générosité et non pas dans l’égoïsme et l’étroitesse d’esprit. « Actions », « développement local » et « générosité » sont donc ses maîtres mots.

J’ai ensuite dirigé mes questions vers le futur : quels sont les projets que Mr Mondal veut mettre en œuvre dans les années à venir? « Big question » me répond-il. Et pour cause nous avons passé de très longs moments à y réfléchir pendant ces deux derniers mois mais cela mériterait un article entier. Je vais essayer ici de vous en donner les grandes lignes. VSSU est certes une institution de microfinance mais son objectif, « poverty alleviation », ne peut être atteint qu’en ayant une action globale allant au-delà de ces seuls services financiers.

VSSU rêve, pour le futur, d’un centre de formation pour aider les micro-entrepreneurs (à la fois pour les villageois travaillant sur les marchés et les agriculteurs), d’un programme d’agriculture bio qui servira de modèle aux agriculteurs locaux, de nouvelles écoles de haut niveau pour les jeunes d’Ullon et des environs (Bachelor of Education COllege, Engineering College,etc) et de bien d’autres choses encore.

J’ai alors demandé qu’est-ce que “nous” (Occidentaux, Français, etc) pouvions faire pour contribuer à la réduction de la pauvreté, et plus précisément au travail de VSSU (que ce soit pour l’aider à accomplir ces projets futurs que pour aider au développement des activités de microfinance déjà existantes). Mr Mondal m’a alors répondu qu’il ne voulait pas donner de « conseil » mais qu’il préférait formuler une demande. « Dans les pays occidentaux beaucoup de personnes ont de l’argent mais ils ont aussi un cœur » me dit-il. Il demande à ceux là de penser aux personnes pauvres, au fait qu’elles n’ont pas accès à une nourriture correcte ni à une éducation qui pourrait les aider à s’en sortir. “Elles devraient pourtant avoir les mêmes droits que les autres!”. Mr Mondal nous exhorte tout simplement de les aimer (« love them »). En leur donnant un peu d’argent ou des prêts (à travers Veecus par exemple) « nous » pouvons leur apporter un peu de bonheur, de nourriture et une chance d’envoyer leurs enfants à l’école. « It will be your pleasure »: les aider nous apportera une grande satisfaction. Il ajoute que ce n’est pas eux qui sont sensés nous être reconnaissants mais, nous, qui devons leurs être reconnaissants de nous laisser les aider car cela nous procurera inévitablement un grand bonheur de pouvoir faire le bien autour de nous. Il invite également toute personne intéressée à visiter son organisation pour être en contact direct avec la réalité sur le terrain.

Quand je lui demande s’il a des conseils plus spécifiques pour les personnes qui veulent travailler dans le secteur de la microfinance et du développement il me répond que c’est un secteur extrêmement vaste et qui peut vous apporter beaucoup sur le plan personnel. Les expériences que l’on peut avoir dans ce domaine vous enrichissent énormément mais il précise que c’est un monde difficile et une réalité souvent douloureuse à laquelle on se trouve confronté. Une personne qui décide de se lancer dans ce domaine doit le faire pour aider les autres et non pas pour gagner de l’argent.

J’espère que cette interview aura été aussi riche et dense en enseignements pour vous que pour moi!

Je remercie bien évidemment Mr Mondal pour le temps qu’il a bien voulu me/nous consacrer.

Mr Mondal entouré du tableau de Mahatma Gandhi, d’une statue d’Abraham Lincoln et d’une illustration du Dieu Ganesh

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